On lâche 15 millions de moustiques près de Lyon : voici pourquoi c’est une bonne nouvelle

3 mai 2026

Quand on entend que 15 millions de moustiques vont envahir une ville, le réflexe naturel est de s’inquiéter. Pourtant, à Mions — commune de l’Est lyonnais — c’est exactement ce qui se passe depuis le 24 avril 2026. Et c’est délibéré. Mieux : c’est peut-être l’une des meilleures nouvelles de l’été pour les habitants de la métropole.

Le moustique tigre, un fléau installé depuis 2013

Mions n’a pas attendu 2026 pour souffrir du moustique tigre. L’insecte — reconnaissable à ses rayures noires et blanches — a colonisé la commune il y a plus de dix ans. Depuis, c’est une guerre du quotidien pour les habitants : moustiquaires, encens à la citronnelle, raquettes électriques, pièges… Rien n’y fait vraiment.

Et le problème dépasse le simple inconfort. Le moustique tigre (Aedes albopictus) est un vecteur potentiel de maladies graves : dengue, chikungunya, virus Zika. En 2024, plus de 4 600 cas importés de dengue ont été recensés en France. Des transmissions locales ont même déjà eu lieu sur le territoire. Début 2025, l’insecte était implanté dans 81 départements métropolitains. L’urgence est réelle.

Face à ce constat, le maire (LR) de Mions, Mickaël Paccaud, a décidé de frapper fort : « Les bornes, les pièges anti-moustiques : ça ne fonctionne pas forcément. Il faut être impactant, parce qu’on parle de santé publique avant tout. »

15 millions de moustiques, mais pas n’importe lesquels

C’est là que tout change. Les moustiques relâchés à Mions ne sont pas des moustiques ordinaires. Ce sont des mâles stériles, rendus infertiles par irradiation aux rayons X. Et les mâles, rappelons-le, ne piquent pas — ils ne se nourrissent pas de sang.

Le principe est redoutablement simple : une fois lâchés, ces mâles s’accouplent normalement avec les femelles sauvages. Mais les œufs pondus ne donnent naissance à aucun descendant. Résultat : la population de moustiques tigres s’effondre progressivement, saison après saison, sans aucun pesticide répandu dans l’environnement.

C’est ce qu’on appelle la technique de l’insecte stérile (TIS), une méthode reconnue par l’OMS et déjà utilisée à grande échelle dans plusieurs pays pour lutter contre la dengue.

200 000 moustiques par semaine, 15 millions sur trois ans

L’opération, menée en partenariat avec la start-up Terratis (basée dans l’Hérault), est progressive et rigoureusement encadrée. Depuis fin avril 2026, environ 200 000 moustiques stériles sont relâchés chaque semaine, répartis sur une trentaine de points dans la ville, via des boîtes contenant chacune plusieurs milliers d’insectes.

Le programme s’étend sur trois ans — 2026, 2027, 2028 — pour un total de 15 millions de moustiques relâchés, soit environ 5 millions par an. L’objectif affiché dès la première année : réduire de moitié les colonies de moustiques tigres sur la commune.

Le budget de l’opération ? 70 000 euros, financés par la ville. Un investissement que le maire juge nécessaire après des années de solutions inefficaces.

Mions est la 3e commune de France à tenter l’expérience à cette échelle, obligeant Terratis à industrialiser son processus de production. La société affirme pouvoir produire jusqu’à plusieurs dizaines de millions de moustiques mâles stériles par semaine d’ici 2028.

Une méthode sans danger, suivie de près par les scientifiques

Les autorités locales et les porteurs du projet sont formels : le dispositif est sans risque pour les habitants et l’environnement. Les moustiques relâchés sont exclusivement des mâles, qui ne piquent pas et ne dispersent aucun produit chimique. Leur stérilité est obtenue par rayonnement, non par modification génétique.

Le dispositif fait l’objet d’un suivi scientifique rigoureux pour mesurer l’évolution des populations et ajuster les lâchers en conséquence.

À l’échelle internationale, des études de terrain ont montré des résultats encourageants dans des villes où cette méthode a été déployée, notamment en zones tropicales très touchées par la dengue.

Ce qu’il faut retenir

La technique de l’insecte stérile n’est pas une solution miracle. Les experts insistent : sans actions complémentaires sur les gîtes larvaires (soucoupes, gouttières, petits récipients d’eau stagnante), les populations de moustiques peuvent repartir rapidement. Mais combinée à une sensibilisation des habitants, elle représente une avancée réelle et prometteuse.

À Mions, en tout cas, le pari est lancé. Et si ça marche, d’autres communes de la métropole lyonnaise — et de France — pourraient rapidement suivre.

Mira
 
 

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