Fourmis dans les fraisiers : ce qu’elles cherchent, et comment les éloigner

Des fourmis qui vont et viennent sur les tiges d’un fraisier, cela paraît anodin. Pourtant, ce manège révèle un équilibre précis entre plusieurs espèces et pousse le jardinier amateur à se demander s’il doit s’en inquiéter. Surtout quand l’insecticide est exclu. Avant d’agir, encore faut-il comprendre ce qu’elles viennent chercher sur la plante. Des gestes simples permettent ensuite de les éloigner sans abîmer le carré : le paillage d’abord, puis le concours d’alliés naturels.
En bref.
- Les fourmis montent sur les fraisiers surtout à cause des pucerons : leur présence est très fréquemment associée à celle de ces insectes, qu’elles protègent.
- Pour les éloigner, mieux vaut s’occuper des pucerons (jet d’eau, auxiliaires, plantes compagnes) que s’acharner sur les fourmis, qui gardent un rôle utile au jardin.
- Sur des fraisiers en pot, une barrière d’alcool et de talc appliquée au pinceau sur quelques centimètres de hauteur freine les fourmis.
- Le paillage, en couche de 4 à 5 cm sans recouvrir le collet, garde les fruits propres et limite les herbes.
Fourmi fraise : une alliance avec les pucerons
Le duo fourmi fraise, c’est avant tout une histoire de pucerons. Sur le site jardiner-autrement.fr, relevant du ministère de la Transition écologique, on lit que la présence de fourmis sur les végétaux est très fréquemment associée à celle des pucerons. Autrement dit, quand un cortège de fourmis grimpe le long d’un pied, il vaut mieux regarder le dessous des feuilles et les jeunes pousses avant de chercher ailleurs.
Les pucerons produisent une substance chargée en sucres et en acides aminés. Ils l’excrètent sous la forme de gouttelettes translucides et collantes. De leur côté, les fourmis sont au garde à vous pour protéger leur bétail et le faire fructifier : elles veillent sur les colonies comme un éleveur sur son troupeau.
L’INRAE range cette relation parmi les cas de mutualisme, c’est-à-dire une interaction entre espèces bénéfique pour les deux protagonistes. Ce détail change la manière d’agir : tant que les pucerons prospèrent, les fourmis reviennent, et chasser les unes sans toucher aux autres donne rarement un résultat durable.
Les pucerons, eux, se multiplient vite. Une femelle peut engendrer jusqu’à 80 descendants par semaine grâce à la parthénogenèse, et l’espèce existe depuis près de 50 millions d’années. Ces chiffres expliquent qu’une colonie discrète en début de saison devienne envahissante en quelques semaines si rien ne la freine.
Les fourmis abîment-elles le fraisier ?
La réponse est nuancée. Les fourmis ont un rôle bien précis dans un biotope et ne doivent en aucun cas être bannies totalement. Même lorsqu’elles s’intéressent aux pucerons, elles n’anéantiront jamais leur précieux festin : si certaines peuvent manger quelques individus, le gros de la colonie reste protégé. Une fourmilière n’est donc pas un ennemi à éradiquer, mais un signal à lire.
Le véritable souci vient des pucerons. Ils peuvent transmettre des virus aux plantes colonisées, ce qui justifie de ne pas les laisser s’installer en paix sous la garde de leurs protectrices. Et comme une colonie se développe vite, l’intervention gagne à être précoce, dès les premiers individus repérés au printemps.
Quant à la fourmi fraise vue sous l’angle de la récolte, le pied lui-même n’est pas toujours en cause : un plant attaqué par les pucerons affaiblit surtout sa propre vigueur. D’où l’intérêt de traiter la cause plutôt que le symptôme visible.
Comment éloigner les fourmis sans insecticide ?
Les gestes qui fonctionnent visent surtout les pucerons, puisque c’est leur présence qui retient les fourmis. Un simple jet d’eau pulvérisé sur les colonies pourra déstabiliser les pucerons. Les produits proposés contre eux ne sont pas sélectifs, ce qui plaide pour commencer par les gestes les plus doux. Pour le dosage d’un préparation maison, la page dosage du savon noir contre les pucerons par litre détaille le sujet.
Le tableau ci-dessous résume les leviers du carnet de jardin, du plus simple au plus ciblé.
| Geste | Ce qu’il vise |
|---|---|
| Jet d’eau sur les colonies | Déstabiliser les pucerons en place |
| Accueil des auxiliaires (coccinelles, chrysopes, syrphes) | Faire consommer les pucerons par leurs prédateurs |
| Thym ou œillets d’Inde à proximité | Repousser les pucerons grâce à des plantes répulsives |
| Capucine en bordure | Servir de leurre en attirant les pucerons |
| Pièges jaunes englués | Repérer et piéger les premiers individus au printemps |
| Alcool et talc au pinceau sur un pot | Bloquer l’accès des fourmis |
Les plantes compagnes jouent un double jeu : le thym ou les œillets d’Inde repoussent, la capucine attire au contraire les pucerons loin des fraisiers. Quant aux pièges jaunes englués, ils servent surtout de sentinelle : installés à proximité des plantes à risque, ils signalent l’arrivée des premiers pucerons au printemps.
Pour compléter, la page fourmis, terre et plantes et celle sur les fourmis dans l’arbre fruitier détaillent d’autres situations proches.
Laisser les auxiliaires travailler
Parmi les auxiliaires prédateurs, les larves de chrysope et de syrphes, ainsi que les larves et les adultes de coccinelles, sont de gros consommateurs de pucerons de toutes espèces. Une seule larve de coccinelle peut dévorer jusqu’à 150 pucerons par jour durant son cycle de développement. À l’échelle d’un carré de fraisiers, c’est un travail qu’aucun jet d’eau n’égale.
Pour les attirer, le plus efficace consiste à leur proposer une grande diversité de plantes à fleurs. Les haies diversifiées sont aussi utiles à ces auxiliaires. Un coin fleuri à côté des fraisiers, avec du thym et des œillets d’Inde, cumule donc deux effets : il repousse une partie des pucerons et il nourrit ceux qui les mangent.
Cette stratégie demande de la patience. Les coccinelles et leurs larves ne s’installent pas en un jour, et il faut accepter quelques pucerons au début : ils sont justement l’appât qui retient les prédateurs. L’objectif n’est pas de faire disparaître tous les insectes, mais de rétablir un équilibre où les colonies restent modestes.
Fourmi fraise en pot : la barrière d’alcool et de talc
Lorsque les fraisiers poussent en pot, un obstacle mécanique devient possible. L’astuce relevée consiste à mélanger de l’alcool à 60 ou 90 degrés avec un peu de talc, puis à l’appliquer au pinceau sur le pot, sur quelques centimètres de hauteur. Il restera une fine couche de talc que les fourmis auront du mal à franchir.
Cette méthode bloque l’accès sans tuer : le même texte précise d’ailleurs qu’il n’est pas question de donner de conseils pour tuer ces petites bêtes. Elle convient bien à une jardinière ou à un pot sur un balcon, où la zone à protéger est limitée. Pour un carré en pleine terre, elle ne s’applique pas : on revient alors aux leviers du tableau.
Quand la fourmi fraise est en pot, la barrière ne dispense pas de surveiller le feuillage. Si des pucerons sont déjà installés sur le plant, la barrière n’y change rien : un coup d’œil régulier sous les feuilles reste le premier réflexe.
Paillage du fraisier : quel matériau, quelle épaisseur ?
Le paillage ne chasse pas les fourmis à lui seul, mais il fait partie des bons gestes d’un carré de fraisiers en bonne santé. Il isole les fruits de la terre, les garde propres et à l’abri des éclaboussures porteuses de maladies lors des fortes pluies. Il limite aussi le risque de botrytis de façon notable, en isolant les fruits du sol humide.
Pour l’épaisseur, on lit une couche généralement comprise entre quatre et cinq centimètres, ou de 5 à 10 cm avec de la paille, des paillettes de lin ou de chanvre. Dans les deux cas, il faut répartir le matériau uniformément autour du fraisier sans étouffer le collet : si le centre de la plante est recouvert, il risque de pourrir rapidement.
Côté matériau, un essai relayé par Terre vivante donne le broyat de bois en tête sur les trois critères suivis, alors que la paille déçoit. Sur le désherbage, la quantité d’herbe était 3 à 10 fois supérieure sur le témoin par rapport aux parcelles paillées. Le fraisier étant à l’origine une plante de sous-bois, ces résultats ne sont pas étonnants. La paille de blé ou d’avoine reste cependant la solution la plus traditionnelle et économique, et le broyat de bois fin convient à condition qu’il soit parfaitement sec, pour éviter la faim d’azote.
Un paillage sec et rugueux limite aussi l’accès aux limaces et aux escargots, qui peinent à s’y déplacer.
Questions fréquentes sur les fourmis dans les fraisiers
Faut-il détruire la fourmilière ?
Non. Les fourmis ont un rôle précis dans un biotope et ne doivent en aucun cas être bannies totalement. Mieux vaut traiter la cause, c’est-à-dire les pucerons, et bloquer l’accès au plant quand c’est possible.
Un jet d’eau suffit-il contre les pucerons ?
Il peut déstabiliser les colonies, mais ne règle pas tout. Les produits pulvérisés contre les pucerons ne sont pas sélectifs : un jet d’eau reste le geste le plus doux pour commencer.
Quelles plantes installer près des fraisiers ?
Le thym et les œillets d’Inde servent de plantes répulsives, la capucine de leurre qui attire les pucerons. Une grande diversité de plantes à fleurs attire en plus les auxiliaires, tout comme les haies diversifiées.
Que signifie la gaine de terre le long d’une tige ?
La gaine de terre entoure la tige de la plante et se prolonge jusqu’au nid des fourmis dans le sol. C’est un signe visible de leur va-et-vient autour de la plante.
Peut-on pailler avec un matériau minéral ?
Mieux vaut l’éviter : les matériaux minéraux n’enrichissent pas le sol. Paille, paillettes de lin ou de chanvre et broyat de bois sec sont préférables.
Comment arroser sans favoriser les maladies ?
Privilégiez des arrosages matinaux directement au pied de la plante, en évitant de mouiller le feuillage. Un arrosage copieux une à deux fois par semaine vaut mieux qu’un filet d’eau quotidien.
Sources
- INRAE, Encyclop’Aphid, « Pucerons et fourmis : mutualisme », https://encyclopedie-pucerons.hub.inrae.fr/pucerons-et-milieu/pucerons-et-fourmis-mutualisme, consultée le 15 octobre 2026.
- Ministère de la Transition écologique, jardiner-autrement.fr, « Lutter contre les pucerons », https://www.jardiner-autrement.fr/lutter-contre-les-pucerons/, consultée le 15 octobre 2026.
- Gerbeaud, « Se débarrasser des fourmis au jardin et dans les pots de plantes : solutions naturelles », https://www.gerbeaud.com/jardin/fiches/fourmis-faire-fuir.php, consultée le 15 octobre 2026.
- aujardin.info, « Game of thrones au jardin : fourmis, pucerons et coccinelles », https://www.aujardin.info/fiches/fourmis-cochenilles-pucerons-coccinelles.php, consultée le 15 octobre 2026.
- Gerbeaud, « Quel paillage pour vos fraisiers ? », https://www.gerbeaud.com/jardin/fiches/fraisiers-choisir-paillage-test.php, consultée le 15 octobre 2026.
- aujardin.info, « Entretien des fraisiers : la méthode pour une récolte abondante », https://www.aujardin.info/actualites/entretien-fraisiers-methode-pour-recolte-abondante.php, consultée le 15 octobre 2026.
- aujardin.info, « Fraisiers au printemps : les 4 gestes essentiels pour favoriser une récolte dès mi-juin », https://www.aujardin.info/actualites/fraisiers-printemps-gestes-essentiels-pour-favoriser-recolte-juin.php, consultée le 15 octobre 2026.


